La crise du détroit d’Ormuz entre dans une nouvelle phase. Près de six mois après le début du conflit entre les États-Unis et l’Iran, le trafic maritime reste extrêmement perturbé et les espoirs d’un règlement rapide s’éloignent. Avec un pétrole proche de 92 dollars le baril, l’Afrique se retrouve directement exposée à une crise énergétique qui pourrait peser sur les carburants, le transport, l’inflation et le coût des importations.
Un détroit stratégique toujours presque paralysé
Le détroit d’Ormuz reste l’un des principaux points de passage énergétique de la planète. Sa situation est devenue particulièrement préoccupante depuis le déclenchement du conflit entre les États-Unis et l’Iran.
Les dernières données disponibles montrent que le trafic maritime demeure à des niveaux exceptionnellement faibles.
Selon des données préliminaires rapportées par Reuters le 18 août, seulement six navires de marchandises ont traversé le détroit lundi. Le chiffre est légèrement supérieur aux trois passages enregistrés samedi et aux deux de dimanche, mais reste inférieur à la moyenne de onze passages observée sur les dix jours précédents.
Plus inquiétant encore pour les marchés de l’énergie : aucun très grand pétrolier de type VLCC ni méthanier GNL n’a été enregistré lors de ces passages. (Reuters)
Le trafic n’est donc pas totalement nul, mais il reste suffisamment faible pour continuer à perturber fortement les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Le pétrole repart à la hausse
Les marchés pétroliers réagissent directement à cette situation.
Mardi 18 août, le Brent a progressé de 62 cents pour atteindre environ 91,49 dollars le baril, son niveau le plus élevé depuis le 30 juillet.
Le pétrole américain WTI a également progressé à environ 85,25 dollars le baril.
Cette nouvelle hausse intervient alors que les espoirs d’un accord entre Washington et Téhéran permettant de rétablir rapidement la circulation dans le détroit s’affaiblissent. (Reuters)
Le marché commence surtout à intégrer l’hypothèse d’une crise qui pourrait durer.
Selon une analyse publiée par Reuters le 18 août, le prix du pétrole se situe désormais autour de 90 dollars le baril, soit environ 50 % de plus qu’au début de l’année.
Les flux passant normalement par Ormuz auraient fortement diminué, passant d’environ 18 millions de barils par jour à seulement 2 millions. (Reuters)
Pourquoi cette crise concerne directement l’Afrique
L’Afrique ne se trouve pas dans le golfe Persique, mais ses économies sont directement connectées au marché mondial de l’énergie.
Une hausse prolongée du prix du pétrole entraîne une augmentation des coûts dans de nombreux secteurs :
- transport routier ;
- aviation ;
- agriculture ;
- production industrielle ;
- pêche ;
- électricité ;
- logistique ;
- importations ;
- distribution des marchandises.
Pour les pays africains qui importent une grande partie de leur carburant, la situation est particulièrement sensible.
Une augmentation du prix du brut peut rapidement se transformer en hausse des coûts du diesel, de l’essence et du transport.
Et lorsque le transport devient plus cher, les conséquences peuvent progressivement toucher les prix des produits alimentaires et des biens de consommation.
L’Afrique est également exposée au coût du fret maritime
Le pétrole n’est pas le seul problème.
Le ralentissement du trafic dans le Golfe entraîne une réorganisation des routes maritimes internationales.
Certains opérateurs recherchent des itinéraires alternatifs afin d’éviter les zones considérées comme trop risquées.
L’une des conséquences est le recours accru à des routes plus longues, notamment autour de l’Afrique.
Cette situation peut donner une importance stratégique supplémentaire aux ports africains et aux routes maritimes passant par le continent.
Mais elle augmente également les distances parcourues, les délais et les coûts de transport.
À terme, une partie de cette facture peut être répercutée sur les consommateurs.
Le pétrole africain devient plus stratégique
La crise ne représente toutefois pas uniquement une menace pour l’Afrique.
Certains producteurs africains pourraient profiter de la situation.
Lorsque les approvisionnements du Moyen-Orient deviennent plus difficiles, les raffineries et les négociants cherchent des sources alternatives.
Les producteurs africains peuvent donc devenir davantage sollicités.
L’Afrique de l’Ouest, notamment, pourrait bénéficier de cette recherche de pétrole provenant de régions moins exposées aux perturbations du Golfe.
Des acheteurs asiatiques se tournent déjà vers différentes sources alternatives alors que la circulation dans Ormuz reste limitée.
Cette évolution pourrait renforcer l’importance stratégique des producteurs africains sur le marché mondial.
L’Arabie saoudite cherche également des routes alternatives
Les grands producteurs du Moyen-Orient tentent eux aussi de contourner le problème.
Selon Reuters, Saudi Aramco propose à certains raffineurs asiatiques des solutions permettant d’acheminer du pétrole sans passer directement par le détroit d’Ormuz.
Des cargaisons peuvent notamment être acheminées via Fujairah, tandis que certaines exportations de brut saoudien sont redirigées vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, et vers Sidi Kerir, en Égypte. (Reuters)
Ces solutions permettent de maintenir une partie des approvisionnements, mais elles ne suffisent pas à éliminer complètement le risque créé par le blocage.
Et si la crise dure encore plusieurs mois ?
C’est précisément cette hypothèse qui inquiète désormais les marchés.
Au début de la crise, les opérateurs pouvaient encore espérer une interruption temporaire.
Aujourd’hui, le marché commence à intégrer une situation plus durable.
Les stocks mondiaux de produits raffinés sont sous pression et les coûts de transport restent élevés. Une crise prolongée pourrait donc maintenir les prix de l’énergie à des niveaux élevés pendant une période plus longue. (Reuters)
Pour les pays africains fortement dépendants des importations énergétiques, cette situation pourrait compliquer davantage les politiques économiques.
Les gouvernements doivent alors trouver un équilibre difficile entre la protection du pouvoir d’achat et la maîtrise des dépenses publiques.
Pourquoi l’Afrique ne hausse-t-elle pas le ton ?
C’est l’un des paradoxes de cette crise.
L’Afrique subit une partie des conséquences économiques du conflit, mais les gouvernements africains restent relativement prudents dans leurs réactions.
Cette discrétion s’explique notamment par la complexité des relations internationales.
Les États africains entretiennent des relations économiques et diplomatiques avec les États-Unis, les pays du Golfe, l’Iran, la Chine, l’Europe et d’autres partenaires.
Prendre une position trop forte pourrait avoir des conséquences diplomatiques ou économiques.
Pour plusieurs gouvernements, la priorité est donc moins de s’engager directement dans le conflit que de sécuriser les approvisionnements et de limiter l’impact économique.
Maurice n’est pas à l’abri
Pour Maurice, la situation mérite une attention particulière.
L’île dépend fortement des importations et reste exposée aux variations des prix internationaux de l’énergie et du transport maritime.
Une crise prolongée à Ormuz pourrait donc avoir des répercussions indirectes sur le coût des importations, du fret et de plusieurs activités économiques.
Le problème ne se limite pas au prix du carburant.
Une hausse durable des coûts de transport peut également augmenter le prix final de marchandises importées.
Pour une économie insulaire, la question de la sécurité des chaînes d’approvisionnement devient donc particulièrement importante.
Une deuxième route maritime sous tension
La situation est d’autant plus complexe que le détroit d’Ormuz n’est pas le seul passage stratégique perturbé.
Le trafic dans le secteur de Bab el-Mandeb, entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, reste également inférieur à ses niveaux habituels.
Reuters indique que 19 navires de marchandises ont traversé ce passage lundi, contre une moyenne de 26 sur les dix jours précédents. (Reuters)
Cela signifie que les routes alternatives elles-mêmes ne sont pas totalement à l’abri des tensions régionales.
Le risque d’une nouvelle pression inflationniste
Pour l’Afrique, le principal danger économique pourrait être une nouvelle vague d’inflation.
Lorsque le pétrole augmente, les conséquences se diffusent progressivement dans l’économie.
Le carburant coûte plus cher.
Le transport coûte plus cher.
Le coût de production augmente.
Le prix des marchandises importées peut augmenter.
Et les ménages finissent par ressentir cette pression sur leur pouvoir d’achat.
Les pays disposant de faibles marges budgétaires sont les plus vulnérables.
Une crise qui pourrait redistribuer les cartes énergétiques
La crise du détroit d’Ormuz pourrait cependant avoir une conséquence à plus long terme : accélérer la diversification des fournisseurs d’énergie.
Les raffineries asiatiques cherchent déjà à réduire leur dépendance aux routes considérées comme les plus exposées.
Les producteurs africains pourraient ainsi bénéficier d’une nouvelle demande.
Mais cette opportunité dépendra de leur capacité à augmenter leur production, sécuriser leurs infrastructures et attirer les investissements nécessaires.
Une Afrique silencieuse, mais loin d’être épargnée
Le paradoxe est donc évident.
L’Afrique n’est pas au centre de la crise du détroit d’Ormuz, mais elle en ressent déjà les effets.
Le continent doit composer avec un pétrole plus cher, des coûts de transport plus élevés et une incertitude grandissante sur les chaînes d’approvisionnement internationales.
Certains producteurs africains peuvent profiter de la hausse de la demande et des prix.
Les pays importateurs, eux, risquent surtout de subir la facture.
Et pour les économies insulaires comme Maurice, la situation rappelle une nouvelle fois la vulnérabilité d’un pays dépendant du commerce maritime international.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
Les prochaines semaines seront déterminantes.
Les marchés surveilleront principalement :
1. Le trafic dans le détroit d’Ormuz
Une reprise importante des passages pourrait rapidement faire baisser la prime de risque sur le pétrole.
2. Les négociations entre Washington et Téhéran
Un accord permettant de sécuriser la navigation pourrait changer rapidement les perspectives du marché.
3. Le prix du Brent
Un maintien durable autour ou au-dessus de 90 dollars représenterait une pression supplémentaire pour les pays importateurs.
4. Les routes alternatives
La capacité de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis et d’autres producteurs à exporter sans passer par Ormuz sera essentielle. (Reuters)
5. Les conséquences sur les économies africaines
Les prix du carburant, du fret, des produits alimentaires et des biens importés seront les principaux indicateurs à surveiller.
Conclusion
Le détroit d’Ormuz n’est pas totalement fermé au trafic, mais la circulation reste à un niveau exceptionnellement faible. La crise entre désormais dans une phase où les marchés se préparent à la possibilité d’une perturbation prolongée.
Avec un Brent autour de 91,49 dollars et des flux énergétiques fortement réduits, la pression se transmet progressivement au reste du monde.
L’Afrique, malgré une réaction diplomatique mesurée, n’est donc pas spectatrice de cette crise.
Elle en paie déjà une partie de la facture.
Et si le blocage devait se prolonger, la véritable question ne serait plus seulement de savoir combien coûtera le pétrole, mais combien coûtera, au quotidien, une crise énergétique mondiale qui s’installe dans la durée.