« [Le phénomène Chatigan] : Quand un jeune Mauricien bouscule la scène politique depuis son écran »

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Dans un monde saturé d’opinions mais avide de vérité, les réseaux sociaux sont devenus le nouveau Parlement du peuple. Dans cette agora numérique, un jeune homme s’impose, tranche, dérange et, surtout, rassemble. Son nom : Jonathan Chatigan, 37 ans. Son style : sans langue de bois. Son impact : sans précédent.  Depuis quelques mois, cet ancien journaliste, aujourd’huiétudiant en droit, fait un carton monumental grâce à ses vidéospolitiques où il défie, à visage découvert, les pratiques d’un système qui semble tourner en rond. Beaucoup ont essayé avantlui ; peu ont tenu la distance. Lui, au contraire, s’installe. Et fascine. Qui est-il vraiment ? Pourquoi attire-t-il des centainesde milliers de Mauriciens ? Est-il un simple météore ou le signed’une génération qui refuse le statu quo ?

Un contexte mondial qui change tout

Les travaux de McGill et de l’Université de Toronto l’ontrécemment confirmé : les influenceurs politiques surpassentdésormais les politiciens eux-mêmes en portée et enengagement. Plus de 60 % de l’activité politique sur les grandesplateformes vient de simples citoyens, pas de partis.

« [Un transfert structurel de pouvoir des institutions vers les individus] », conclut Zeynep Pehlivan, responsable du suivinumérique.

Ce bouleversement mondial n’épargne pas Maurice. YouTube, TikTok et Instagram remplacent peu à peu les meetings poussiéreux. Et dans cette tornade numérique, Jonathan Chatigan est devenu l’une des voix les plus écoutées du pays.

Jonathan Chatigan le reconnaît volontiers : « [Je pense être le premier en dehors des politiciens traditionnels à être aussi cash dans ce que je dis sur la politique mauricienne] ». Pour autant, ilrefuse toute posture héroïque : « [Je ne suis pas le plus intelligent, ni le plus éloquent, ni le plus vertueux. Je suis justecelui qui a un peu plus de courage et qui accepte les sacrifices qui vont avec.] »Et des sacrifices, il y en a!

Douze années dans un grand quotidien mauricien. D’abord le sport, puis la culture et la politique, sans pour autant vouloirdelaisser le sport. Mais lorsque ses premières vidéos explosentsur les réseaux, la direction refuse de l’associer à la ligneéditoriale du journal. Il comprend : être journaliste et critique politique viral à la fois, c’est impossible dans « les réalitésmauriciennes ».

Alors il fait ce que peu osent : il claque la porte. « [Pour continuer ce travail d’explication et de dénonciation, il fallaitque je fasse un métier liberal. Sinon, j’allais mettre en difficultén’importe quelle redaction ou meme dans un autre corps de métier ou la politique allait forcer mes employeurs a me faire taire.] »

Il choisit des etudes de droit. Mais au prix d’une vie renversée :« [J’ai renoncé à un salaire fixe. J’ai dû vendre des affaires et biens, mes parents et beaux-parents m’aident… C’est dur au milieu du mois, mais c’est ce que je veux faire.] » Sa voix se brise un instant lorsqu’il remercie sa femme : « [Sans elle, riende tout ça ne serait possible.] »

Un quotidien exténuant, mais une tête bien froide

Entre une semaine complète de cours, les enregistrements, les rencontres en soirée et l’étude permanente de l’actualité, le rythme est titanesque. Mais Jonathan Chatigan garde l’équilibre: « [Rempli katora] », conseille le père Jocelyn Grégoire. S’instruire. Écouter sur les bonnes personnes. Comprendrel’écosystème politique mauricien.

Et il observe, avec lucidité : « [Les Mauriciens, dont moi-même, sont fatigués des politiciens actuels. Toujours les mêmes.] » 2029 approche. Une ère s’achève. Une autre pourrait naître. 

Un renouveau porté par les jeunes ? Jonathan Chatigan en estpersuadé : « [Les Mauriciens méritent mieux que des leaders par défaut.] » La génération montante veut rompre avec les compromissions du passé. Pour l’instant, il refuse les avancespolitiques : « [Les propositions ont été légion, mais je doisprouver ma constance.] »

Les réseaux sociaux ont changé les règles du jeu : « [Avant, ilfallait faire le terrain. Aujourd’hui, 100 000 personnes peuventt’écouter en quelques heures. Les révolutions récentes se sontfaites sur les réseaux. Maurice ne sera pas épargnée.] »

Une vague populaire qui gonfle

Des jeunes réclament une première grande rencontre. Des artistes proposent des slogans spontanément. Ras Natty Baby suggère même : « Levé Do Mo Pep ». Des anciens veulent le voir. Des regroupement independants offrent des lieux. Des anonymes créent des logos gratuitement. Une ferveur rare, organique, presque touchante.

Mais lui reste prudent : « [Pour durer, il faut se préparer. Le parcours se fera étape par étape.] » Sur 2029 ? Il sourit : « [Ava gete apre sa!] » Les rumeurs le rapprochent du MMM. Il tranche : « [Aucune ligne de communication avec le MMM.] » Maisadmet : certains politiciens du gouvernement echangent des messages de soutien.

L’ombre qui rôde : les pressions, les insultes, le communautarisme dont on l’accuse. Dans un pays où la politique peut devenir brutale, cet habitant d’Albion n’y échappepas : « [Les menaces et les brimades d’ordre communal me font tiquer, mais ne me font pas peur.] » Il avance malgré tout. Droiture en bandoulière.

« Je n’ai jamais voulu tenir un discours identitaire au départ. Mon ambition, c’est une île Maurice où il fait bon vivre pour tout le monde. Mais je ne peux pas ignorer que, dans ma proprecommunauté, beaucoup ont raté le train du progrès et ont besoinde soutien. Je dois d’abord mettre de l’ordre dans ma maison, pour ensuite contribuer à assainir tout le morcellement national. »

Jonathan Chatigan n’est peut-être pas seulement un influenceurpolitique de plus. Il est peut-être le symptôme d’une époque oùla parole revient aux citoyens, où les jeunes veulent reprendre la main, où l’on ne supporte plus les dinosaures politiques qui s’accrochent. Peut-être est-il un météore. Peut-être le premier chapitre d’une nouvelle génération. Mais une chose est sûre : Il a réveillé quelque chose. Et, qu’on l’aime ou qu’on le redoute, iln’a pas fini de faire parler de lui.