Au fil de mes recherches sur la cathédrale Saint-Louis, je me suis intéressé à un autre bâtiment emblématique de Port-Louis : la cathédrale St James, située dans la rue de la Poudrière.
Beaucoup de Mauriciens sont déjà passés devant cet édifice sans forcément connaître son histoire. Pourtant, son passé est particulièrement surprenant. La cathédrale St James n’a pas été construite à l’origine comme un lieu de culte.
Une ancienne poudrière datant de l’époque française
En 1740, durant la période française, le bâtiment servait de poudrière. Les autorités y stockaient de la poudre à canon destinée aux activités militaires.
Cette première fonction explique l’épaisseur remarquable de ses murs en pierre. La construction avait été pensée pour limiter les risques en cas d’explosion.
Lorsque les Britanniques prennent le contrôle de l’île, le terrain est attribué en 1812 à la communauté britannique afin d’y construire une église.
Cependant, les responsables constatent rapidement que le bâtiment existant reste trop solide et trop imposant pour être détruit facilement. Sa démolition aurait également représenté un coût important.
Ils décident alors de transformer l’ancienne poudrière en lieu de prière.
La transformation en cathédrale anglicane
Entre 1821 et 1846, plusieurs travaux changent progressivement l’apparence du bâtiment.
Les ouvriers ouvrent des fenêtres dans les murs de pierre. Ils ajoutent aussi deux ailes pour donner une forme de croix à l’édifice. Une tour surmontée d’une flèche complète ensuite la nouvelle architecture.
L’ancienne installation militaire prend alors l’apparence d’une véritable église.
Les premiers offices religieux commencent au début des années 1830. Le 26 juin 1850, l’édifice reçoit officiellement le statut de cathédrale anglicane.
La cérémonie de consécration est présidée par James Chapman, alors évêque de Colombo.
La cathédrale St James devient ensuite le principal lieu religieux du diocèse anglican de Maurice. Elle accueille les grandes célébrations et plusieurs événements importants.
Un refuge pendant le cyclone de 1892
La cathédrale St James occupe également une place importante dans l’histoire de Port-Louis lors du cyclone dévastateur de 1892.
Le bâtiment subit de nombreux dégâts, mais ses murs épais résistent aux violentes conditions météorologiques. Selon les récits historiques, plusieurs centaines de personnes trouvent refuge à l’intérieur de la cathédrale.
L’ancienne poudrière, autrefois destinée à protéger des munitions, devient alors un abri pour les habitants de la capitale.
Après le cyclone, les autorités entreprennent des travaux de rénovation. La cathédrale rouvre ses portes le 22 juin 1911, à l’occasion du couronnement du roi George V.
Une restauration nécessaire au XXIe siècle
Avec le temps, la cathédrale nécessite de nouvelles interventions.
En mai 2018, le bâtiment ferme temporairement au public. La toiture présente d’importantes infiltrations d’eau, certaines structures en bois sont fragilisées et des termites ont endommagé plusieurs parties intérieures.
Après environ trois années de restauration, la cathédrale St James accueille de nouveau les fidèles et les visiteurs le 10 novembre 2021 lors d’une cérémonie de redédicace.
Depuis 2016, elle fait officiellement partie des monuments classés du patrimoine national mauricien.
Un témoin de près de trois siècles d’histoire
L’histoire de la cathédrale St James reste unique à Maurice.
Ce bâtiment a traversé plusieurs périodes majeures : l’époque française, l’arrivée britannique, les grands cyclones et différentes phases de rénovation.
Avant de devenir une cathédrale, il était une poudrière militaire. Plus tard, il est devenu un lieu de culte et un refuge pour la population de Port-Louis.
Aujourd’hui encore, le nom de la rue de la Poudrière rappelle sa première vocation.
Comme beaucoup de monuments historiques, la cathédrale St James raconte une partie de l’identité mauricienne. Derrière ses murs se cache une histoire que beaucoup de passants ignorent encore.